Monday, November 13, 2006

Femmes d'Iran, (suite)

Des femmes en danger
Pour elles, il n’est pas trop tard




Jila, kurde et martyre

Jila Izadi, une enfant de 13 ans, a été condamnée à la lapidation par le tribunal de Marivan en Iran. Cela se passe au Kurdistan iranien, quelques semaines après la pendaison au crochet d’une grue d’ Atefeh Rajabi. Elle attend en prison la confirmation de la sentence. Elle aurait eu des relations sexuelles avec son frère âgé de 15 ans. Observons que dans les milieux très défavorisés, étant donné la promiscuité et la fermeture sur soi des familles parfois, l’inceste est fréquent, en Iran comme ailleurs. Enceinte, elle a accouché en prison. Le garçon incarcéré aurait déjà subi sa peine, 150 ou 180 coups de fouet. Seule une très forte mobilisation internationale peut réussir parfois à stopper une telle ignominie comme ce fut le cas pour Safia Husseini et Amina Lawal au Nigeria. Ne les oublions pas ! De la rapidité et de l’ampleur de nos protestations dépend leur survie.
Mais l’espoir demeure : un porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré tout net: «Nous avons noté les appels de différentes organisations au sujet d’une adolescente qui aurait été condamnée à la lapidation en Iran. Nous avons immédiatement vérifié. Il est apparu que l’information était inexacte. Evidemment, nous continuerons à suivre cette affaire si elle devait connaître de nouveaux développements.» Autrement dit ce (ce ?) n’est pas vrai mais nous allons tout de même suivre l’affaire. ( !) Cela s’appelle le langage diplomatique… Dans la même veine, un attaché de l’ambassade d’Iran se montre rassurant en ces termes : «En général, ( !) la condamnation par lapidation n’est pas appliquée dans le système judiciaire iranien»… En général ! Ecrire à l’ambassade d’Iran, comme le suggère Elizabeth Badinter : «nous sommes infiniment soulagé/es d’apprendre qu’en Iran, les juges, en général, n’appliquent pas les sentences de lapidation qu’ils ont promulguées… (pour le fun ?) — conscients sans doute qu’il s’agit d ’une pratique monstrueuse d’une insoutenable cruauté.— Pourriez-vous m’indiquer quel sort est actuellement réservé à Jila Izadi ? Je vous en remercie par avance.» Sans les parenthèses, évidemment. La mobilisation a porté.
Sous la pression internationale, la sentence de lapidation a en effet été commuée en sanction dite «tazir», c'est-à-dire laissée à la discrétion des juges, cela peut-être des coups de fouets — très probablement puisque son «complice» a déjà subi cette torture, 150, 180 ? — plus une amende… et bien sûr, la prison, sans précision sur la durée. C'est-à-dire que les juges auront tout pouvoir pour la punir à tout moment et comme bon leur semblera sauf à la lapider. Jila est certes heureuse d’être en vie, mais son état de faiblesse et de détresse est extrême ; son fils lui a été enlevé et elle n’en a aucune nouvelle. Précisons que 150, 180 coups de fouets, surtout réitérés, peuvent représenter une sanction de mort différée guère moins atroce que la lapidation car ils occasionnent souvent des lésions internes dont on ne se remet pas. Et qu’une enfant de treize ans est plus vulnérable aux coups qu’un adulte.

Mahboubeh + et Abbas +, Roméo et Juliette
Mahboubeh Mohammadi a été lapidée avec son ami Abbas Hajizadeh, (en 2003) dans un cimetière de Meched dont une partie était interdite d’accès au public. Plus d’une centaine de pasdaran (gardiens de la révolution) et de bassidji (miliciens volontaires) ont participé à l’exécution après y avoir été invités. Ils auraient été déclarés coupables d’adultère. On peut se demander pourquoi dans ce cas l’ami n’a pas bénéficié de la mesure habituelle de clémence. Etaient-ils des opposants ? Ont-ils été, comme Payam (voir photo) pris dans une manifestation ? Le fait que leur lapidation fût discrète, contrairement aux usages, tend à l’indiquer.
Redite : la lapidation n’existe pas dans le Coran.



Jour de l’an à Téhéran; cette jeune femme a été prise en «flagrant délit» de non-conformité à la loi islamique. (Maquillage, tenue…)


Ferdows, Sima, Lina +, Shirin, Altun, Farah, Robabeh,
Cinq femmes dont la piste s’est perdue. Urgence absolue.


Sima a été condamnée à la mort par lapidation en janvier 2002 et attend en prison d’être exécutée.

Ferdows, elle, a été condamnée à douze ans d’emprisonnement suivis d’une condamnation à mort par lapidation. On ne dispose d’aucune information sur leur procès. On ne sait pas si elles ont été autorisées à faire appel.

Une autre femme dont nous ignorons le nom, appelons là Lina, accusée d’adultère, a été lapidée en mai 2001 après avoir purgé une peine de huit ans d’emprisonnement à la prison d’Evin à Téhéran.

Deux autres femmes dont nous ignorons également les noms, appelons-les Shirin et Altun auraient été condamnées à la lapidation il y a un an ; on ne sait pas si les sentences ont été exécutées.

En mai 2001, une femme a été condamnée à être lapidée pour meurtre. D’elle aussi, on ignore le nom et si la sentence a été exécutée. Appelons-la Farah.

En juin 2001, une autre, désignée simplement sous le nom de Robabeh a été condamnée à 50 coups de fouet suivis d’une lapidation à mort.

Dans le doute, il faut supposer Sima, Ferdows Shirin, Altun, Farah et Robabeh vivantes.

Pour Lina, il est trop tard. Mais pour Sima, Ferdows, Shirin, Altun, Farah et Robabeh, il est encore temps, les sentences de mort suivant celles de prison après un temps parfois assez long, jusqu’à huit ans.


Malak Ghorbani, un cas burlesque ; Mariamne


Ourmia : la cour de justice a condamné une jeune kurde, Malak Ghorbani à la lapidation.
Il s’agit d’un deuxième cas en moins d’un an et nous ne savons pas qui est l’autre femme identiquement condamnée, appelons-la Mariamne.

Malak, deux — voire — trois fois victime… et condamnée !
Son histoire est extraordinaire, même dans un pays où de tels récits abondent et elle vaut qu’on s’y attarde. Elle est accusée d’adultère et a donc été condamnée à la lapidation. Banal. Son «amant» aurait été tué pour l’ «honneur» par son mari et son frère. Presque banal, également. Seulement, là où l’histoire devient burlesque, c’est que elle aussi fut poignardée par les deux hommes — pour l’honneur, toujours — et elle ne survécut que de justesse ! Or, fait rarissime, la cour a condamné les deux tueurs à six ans de prison chacun. Pour elle ? Que nenni, pour le meurtre de l’ «amant», bien sûr. C’est dérisoire certes par rapport à la lapidation, mais même ce dérisoire est exceptionnel. Pourquoi ? Le cas serait risible si elle ne risquait une telle fin.

Résumons : ses frères et son époux ont assassiné l’homme qu’ils avaient trouvé chez elle, — son amant ? nous allons voir que c’est peut-être plus compliqué — mais ils l’ont également frappée, elle, de plusieurs coups de couteau. Ce n’est pas la sentence contre elle, hélas courante, qui pose problème, mais la condamnation des deux hommes, les cours de justices islamiques ne condamnant jamais les coupables de crimes d’ «honneur»… sauf, sauf…

Sauf à imaginer que l’«amant», dont le nom n’a pas été révélé, ait été un personnage influent, un intouchable, membre d’un comité islamique par exemple, ou un mollah, un milicien. Alors ? Alors, tout simplement, la question se pose : Malek avait-elle le choix ? Si ce personnage avait jeté son dévolu sur elle, pouvait-elle se refuser ? Les dignitaires usant fréquemment de leur pouvoir pour contraindre les femmes — et Malak est kurde de surcroît, ce qui la fragilise encore — souvenons nous d’Atefeh, il n’est pas exclu qu’elle ait dû subir l’ «amant» sans son consentement. Cela s’appelle un viol, même non violent. Un abus de pouvoir.

Malak, qui n’est pour rien dans le meurtre, qui elle est elle-même victime des deux tueurs et sans doute de l’ «amant», donc victime des trois hommes, Malak, qui n’a dû son salut qu’à un improbable hasard… est condamnée à la lapidation pour «adultère». Son cas est paradigmatique, extrême : trois fois victime et c’est elle qui est condamnée à une mort atroce tandis que deux de ses bourreaux, à six ans de prison seulement.

Une précision : selon le code pénal iranien, le terme «adultère» désigne toute relation intime ou sexuelle entre un homme et une fille/femme non mariés… et il est aussi utilisé lorsqu’une fille est accusée d’avoir commis «des actes incompatibles avec la chasteté», ce qui peut par exemple inclure le viol ! Or, la peine pour «adultère» est la mort. Donc une fille qui a été violée peut ensuite être lapidée pour «adultère» : son violeur aura tout intérêt à la charger, il sera toujours entendu contre elle… et moins lourdement condamné. Par exemple on ne condamne pas ou peu les clients des prostituées, considérés comme des victimes de provocatrices, tandis qu’elles, en revanche, n’échappent pas à la lapidation.

Autre observation : Naghadeh, la ville de Malak, a une forte population kurde et azérie, minorités particulièrement ostracisées en Iran. En mai, au moins six manifestants azéris ont été tués dans la ville par les forces de sécurité pendant des affrontements (voir photo).











Parisa, Iran, Khayrieh, Kobra Najjar, Soghra Molai, Fatemeh
… et tant d’autres… Urgence absolue







Redite : la lapidation n’existe pas dans le Coran.



Ces femmes sont condamnées à être lapidées incessamment
Parisa a été arrêtée en avril 2004 alors qu’elle se prostituait à Chiraz. Lors de l’«interrogatoire» (!) qui a suivi, elle a avoué s’être rendue coupable d’ «adultère», expliquant que son mari l’avait forcée pour survivre à la misère. Mais lors de son procès, en juin 2004, elle est revenue sur ses déclarations. Le 21 juin 2004, elle est condamnée à être lapidée. La Cour suprême a confirmé cette peine le 15 novembre 2005. Son dossier est actuellement réexaminé. Elle est détenue à Chiraz.
Iran, membre du clan Bakhtiari, aurait été attaquée par son mari, armé d’un couteau, tandis qu’elle parlait avec le fils d’un voisin dans la cour de sa maison. Elle a été sauvagement battue et abandonnée à même le sol, en sang et inconsciente. Pendant ce temps, l’homme aurait tué le mari menaçant avec son propre couteau. Lors d’un «interrogatoire», Iran aurait «avoué» qu’elle s’était rendue coupable d’adultère. Il est facile de comprendre pourquoi tous ces aveux au terme d’ «interrogatoires» dont Atefeh seule a osé dévoiler le modus opérandi. Comme Parisa, comme toutes, Iran s’est rétractée par la suite. Le tribunal l’a condamnée à cinq années d’emprisonnement pour complicité de meurtre ! Et à la lapidation pour adultère ! La Cour suprême en avril 2006 a confirmé la lapidation mais l’avocat d’Iran a formé un dernier recours. Elle est actuellement détenue dans la prison de Sepidar, à Ahvaz.
On mesure là toute l’absurdité de ces sentences : une femme dont le mari tue ou blesse l’amant — ou un homme soupçonné de l’être — (ou l’inverse) est automatiquement considérée comme complice du meurtrier quelqu’il soit, voire même principale meurtrière, y compris si celui-ci a également tenté de la tuer, ce qui est le cas général (voir le récit de Malak)… et elle est alors condamnée à une peine de prison et à des coups de fouets pour meurtre… et ensuite et surtout à la lapidation pour adultère ! Il n’est pas bon en Iran d’avoir un mari jaloux : s’il vous rate, ce sont les tribunaux islamiques qui, eux, ne vous rateront pas.

C’est le cas de Khayrieh, (elle aussi arabe). Elle aurait été victime de violences de la part de son mari et aurait eu une liaison avec un proche de celui-ci, qui aurait assassiné l’époux. Elle a été condamnée à la peine capitale pour complicité de meurtre… et à la lapidation pour adultère. Bien qu’elle ait reconnu l’adultère, elle nie toute implication dans le meurtre. Sa peine a été confirmée et son dossier aurait été soumis au responsable du pouvoir judiciaire afin qu’il autorise l’exécution. Khayrieh, au terme de son procès et de sa détention, est résignée et attend simplement la mort. En Iran, les suicides de femmes, souvent très jeunes, sont très nombreux, le pays détient le record connu du moyen orient où la pratique n’est pas très répandue.
«Je veux bien qu’ils me pendent, dit simplement Khayrieh, mais pas qu’ils me lapident. Lorsqu’ils t’étranglent, tu meurs (quasi-instantanément) — ce en quoi elle se trompe — mais pas quand tu reçois une pierre sur la tête.»
Kobra Najjar, dix ans dans le couloir de la mort. Kobra a quarante-quatre ans. Actuellement détenue dans la prison de Tabriz (nord-ouest de l’Iran), elle risque d’être exécutée à tout instant. Elle a été condamnée à huit ans d’emprisonnement pour complicité dans le meurtre de son mari, ainsi qu’à la mort par lapidation pour adultère. Elle devait être lapidée après avoir purgé sa peine, c’est à dire il y a deux ans. Elle est donc depuis dix ans en prison dans le couloir de la mort ! Kobra Najjar aurait écrit à la Commission judiciaire des grâces afin que sa condamnation à la mort par lapidation soit commuée ; aujourd’hui, elle attend la réponse. Son mari, un héroïnomane sadique l’aurait forcée à se prostituer. En 1995, après qu’il l’eut sauvagement battue, elle parle à un de ses clients habituels. Elle se serait entendue avec celui-ci pour conduire le mari à un endroit où il l’aurait tué. Il a été condamné à mort mais a obtenu le pardon de la famille de la victime après lui avoir versé la diya (prix du sang). Pas Kobra, qui croupit en prison, dans le couloir de la mort, depuis dix ans !
Soghra Molai, une femme délaissée. Soghra est de Varameen, une ville industrielle située à trente kilomètres de Téhéran dans laquelle les groupes de femmes semblent particulièrement actifs. Elle a été condamnée à quinze ans d’emprisonnement pour complicité dans le meurtre de son mari, Abdollah, tué en janvier 2004 par un ami de celui-ci, Alireza, comme lui afghan… ainsi qu’à la mort par lapidation pour adultère. Son cas également est emblématique : marié de force avec Abdollah, elle lui donna de nombreux enfants dont un fils qui fut témoin du meurtre de son père par Alireza.
Suspicieux, jaloux pathologique, Abdollah, qui se rendait fréquemment en Afghanistan, demanda alors à son ami Alireza de «surveiller» sa famille en son absence et surtout sa jeune femme. Le jeune homme s’en acquitta, mais… il arriva — peut-être — ce qui devait arriver. L’époux se retourna alors contre celui-là même qu’il avait diligenté comme gardien, l’accusant de relations sexuelles avec Soghra. Vrai ? Faux ? La question est sans importance. Les choses s’envenimèrent immédiatement, les deux hommes en vinrent aux mains et Alireza, pour «laver son honneur», tua Abdollah. Le fils adolescent de Soghra, réveillé par les cris, suivit la fin de la scène qu’il décrivit clairement : Alireza sortit un couteau et poignarda Abdollah. La jeune femme, qui n’était pas présente, n’eut ensuite d’autre choix que de fuir elle aussi dans la montagne : si elle était restée, elle eût été lynchée. Elle a déclaré que son mari ne cessait de la tourmenter mais qu’elle n’avait jamais eu l’intention de le tuer. Le soir où ça s’est passé, (après qu’Alireza l’ait tué), j’ai été obligée de m’enfuir avec lui parce que mes beaux-frères m’auraient tuée si j’étais restée à la maison.» Ce qui ne souffre aucun doute. Alireza a été condamné à la peine capitale pour le meurtre ainsi qu’à recevoir cent coups de fouet pour « relations illicites». Ces condamnations sont en cours d’examen par la Cour suprême. Soghra est détenue à Karaj, près de Téhéran.
Fatemeh Haghighat Pajouh, une dette de jeu. Fatemeh a été condamnée à mort pour le meurtre de son «époux» qui, selon son témoignage, était toxicomane et avait tenté de violer sa fille de quinze ans, issue d’un précédent mariage…
L’histoire, là aussi, vaut son pesant d’or. L’homme prétendait… avoir perdu l’adolescente au jeu ! Ni plus ni moins. Dette de jeu, dette d’honneur, en somme… Mais perdue pour perdue, avant de la livrer à l’acquéreur plus chanceux, il voulait s’en réserver la primeur, la cession n’ayant apparemment pas prévu qu’elle fût vierge. On croit rêver. Il faut préciser que Fatemeh n’était que l’épouse «temporaire» du sinistre personnage — on verra plus loin toute l’abjection de cette situation qui s’apparente à de l’esclavage légalisé — joueur, violent et drogué. Le statut d’épouse temporaire est certes peu enviable, mais de surcroît, lorsqu’on a la malchance comme Fatemeh d’être attribuée à un tel individu, on mesure la gravité de la situation. De fait : peu de temps après, elle entendit l’adolescente hurler, appeler à l’aide, elle se précipita, trouva l’homme en train de la violer — sans doute pensait-il que les deux femmes formaient un seul lot ? — et le tua. Exprès ? Un coup mal porté devant l’horreur ? L’histoire ne le dit pas. Peu importe. Que pouvait-elle faire pour sauver sa fille, ou du moins son honneur, sa dignité ? Cette attitude, au fond très islamique, ne fut pourtant pas comprise : les valeurs de défense de l’honneur et de la vertu des filles semblent à géométrie variable selon qu’elles sont défendues par un homme ou par une femme. Fatemeh fut aussitôt emprisonnée. Elle serait détenue depuis Juin 2001 et aujourd’hui elle attend de savoir comment elle sera exécutée. La pression internationale, une lettre de sa fille adressée à l’Ayatollah Sahraoui implorant la grâce de sa mère ont empêchés qu’elle le soit. Mais la sentence plane au dessus de sa tête.
Fatemeh J., une épouse protectrice. Tout autre mais tout aussi burlesque est le cas de cette autre Fatemeh. Elle a trente-cinq ans et a été condamnée en mai 2005, à Téhéran, pour complicité dans le meurtre de son «amant», Mahmoud, en vertu du principe de «réparation»… ainsi qu’à la lapidation pour « relation illicite» avec cet homme. Le mari, lui, a été condamné à seize ans d’emprisonnement pour complicité de meurtre, ce qui là aussi est exceptionnel. — Mahmoud était-il lui aussi un dignitaire ? — Donc le mari et la femme sont tous les deux complices et il n’y pas d’instigateur ? Soit. Mais leur traitement ne sera pas le même, nous allons le voir.
Mahmoud était-il son amant ? La suite nous permet d’en douter. Etait-il, là aussi, un personnage protégé ? La condamnation pour un crime d’ «honneur» exceptionnellement lourde, du mari, tendrait à l’attester. Amant ? Amant par contrainte s’il s’agit d’un notable ? On ne sait, mais amant malheureux en tout cas, puisque dans la bagarre qui opposa les deux hommes, Fatemeh prit le parti de son mari, qui chose exceptionnelle, n’essaya pas de la tuer ensuite : un couple solide, en quelque sorte. Selon le quotidien Etemad (Confiance, mai 2005), lors de la violente querelle qui opposa Mahmoud et le mari, Fatemeh, pour protéger son époux — plus faible ? Plus aimé ? — aurait serré une corde autour du cou de l’ «amant», afin, dit-elle, de le maîtriser et de le livrer à la police. Donc là aussi, on a deux hommes qui se battent — certes pour une femme, «coupable» ou non —… et c’est celle-ci qui est condamnée à la peine la plus lourde tandis que le survivant n’est sanctionné que par la prison. Encore cette sanction est-elle exceptionnelle, surtout compte tenu qu’il s’agissait du mari, ce qui là aussi tendrait à indiquer que le présumé amant était un personnage d’importance. La Cour suprême a été saisie.
Deux poids, deux mesures : le cas inverse existe. Le voici :


Shahla Jahed, l’épouse provisoire
Shahla a été condamnée à mort en 2002 pour le meurtre de la première épouse de son provisoire «mari». Interrogée, comme toutes les autres femmes ici, — n’est-ce pas curieux ? — elle passa immédiatement aux aveux. Shahla est un cas : elle fait partie de cette catégorie que l’on ne trouve qu’en Iran ou dans certains pays musulmans, les «épouses temporaires» ! Mais elle a de la chance, si l’on peut dire : elle est «mariée» — temporairement ! — à une star. Les épouses temporaires sont des femmes qui sont en quelque sorte prises à bail précaire, un bail qui peut varier de quelques jours à quatre-vingt-dix-neuf ans, (un bail emphytéotique !) au terme duquel il est simplement dissout. Le «temporaire» mari de Shahla est Nasser Mohammad Khani, un footballeur célèbre qui devint par la suite entraîneur de l’équipe de Téhéran. Elle est accusée d’avoir, le neuf octobre 2002, poignardé l’épouse «permanente» du beau Nasser, Laleh Saharkhizan. Elle fut condamnée à mort en juin 2004. Soutenue par sa famille, — nous sommes ici dans un milieu bourgeois favorisé — elle fit appel ; en vain, la sentence fut confirmée. Son avocat aurait écrit à l’Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, responsable du pouvoir judiciaire, afin de lui demander que soit réexaminée l’ordonnance d’exécution, l’enquête sur ce dossier n’ayant pas été menée dans de «bonnes conditions». — Qu’en termes délicats ces choses-là sont dites. — En novembre 2005, Mahmoud Shahroudi aurait en effet demandé un report de l’exécution pour que l’affaire fasse l’objet d’un nouvel examen, mais le onze septembre 2006, date funeste s’il en est, les juges de la Cour suprême ont, semble-t-il, entériné la condamnation à mort de Shahla.
Pour elle, le danger est à présent imminent, comme pour Kobra, comme pour Leyla (voir plus loin), Leyla qui pourtant ne lui ressemble en rien, tant au niveau social qu’intellectuel. Aux deux extrêmes de la hiérarchie sociale et économique, d’une bourgeoise riche — temporairement !— à une petite kurde analphabète, on voit deux femmes qui risquent de la même façon une mort atroce, deux femmes dont l’un est innocente et martyre à coup sûr et l’autre de toutes manières, jugée, comme toutes, avec un évident parti pris.
Bien qu’elle ait avoué, Shahla n’a cessé durant son procès de protester de son innocence, en termes à la fois codés et clairs: «tout le monde sait dans quelles conditions j’ai fait ces aveux.» Le ministère public soutient que Shahla a tué par jalousie. Nasser Mohammad Khani, initialement soupçonné d’avoir été complice — ou instigateur ? — a été incarcéré pendant quelques mois mais il aurait été libéré.
Que dire d’une loi, qui, soulignons le, ne suit absolument pas le Coran, et qui autorise une polygamie particulièrement abjecte avec inégalité de situation des femmes, si ce n’est qu’elle est à la source de tragédies innombrables, d’injustices cruelles et parfois certainement d’assassinats ? L’atmosphère est malsaine qui règne dans ces «familles» particulières où l’homme n’a même plus à agir : lassé d’une épouse souvent forcée, il a toujours la ressource d’en prendre une «provisoire», à l’essai en somme, plus jeune, plus performante, parfois désireuse de se faire titulariser… et de les manœuvrer les unes contre les autres jusqu’à être débarrassé de la fâcheuse, physiquement ou moralement. — En général, c’est l’épouse provisoire qui est éliminée et cela n’atteint que rarement les tribunaux. — Observons que si Nasser était une femme, il aurait — comme Soghra, comme Malek, comme les deux Fatemeh… — été condamné pour meurtre ou au moins complicité, et ceci même s’il n’avait rien fait lui-même, même s’il avait lui aussi été blessé par la «jalouse»… condamné à cent coups de fouets, à de la prison… puis à la lapidation pour adultère. Nasser est actuellement libre et joue toujours au foot.
A-t-il conscience que c’est son attitude qui a généré une situation dramatique dont l’issue était déjà en germe dans l’argument de la pièce, banal : deux femmes et un seul homme ? Si en apparence les histoires se ressemblent, ce n’est que superficiel : Malek ne pouvait se refuser au hiérarque qui la courtisait tandis que Nasser, au contraire, a délibérément choisi Shahla … bien qu’il fût déjà marié à Laleh. Le foot !

Des actrices trop jolies : Sarah +, Sima
Une femme de trente-cinq ans dont nous ignorons le nom, appelons là Sarah, a été récemment lapidée après huit années d’emprisonnement. Elle est accusée d’avoir tourné dans des films «obscènes». Pornographiques ? Pas nécessairement, là aussi il faut prendre les termes avec la plus extrême prudence. Cela importe peu, certes, mais tout film banal pouvant être considéré comme «obscène» par les tribunaux islamiques, on mesure le risque que courent tous les acteurs et surtout actrices en Iran.
Mais une autre, Sima, est toujours vivante. Elle attend en prison d’être lapidée depuis janvier 2002. Tout ce que l’on sait d’elle est qu’elle est très jolie. Trop, sans doute. Le conseil national de la résistance iranienne en appelle aux instances internationales.

Ashraf Kolhari, interdite de divorce
Ashraf Kolhari, une libération anticipée inquiétante. Ashraf, condamnée pour adultère, risque elle aussi d’être lapidée très prochainement. Elle est mère de quatre enfants âgés de neuf à dix-neuf ans, et incarcérée dans la célèbre prison d’Evin depuis cinq ans. Elle doit, en vertu de la loi, purger encore dix ans de prison avant d’être exécutée. Or, au mois de juillet 2006, elle a reçu un avis de libération anticipée, suivi de l’ordonnance d’exécution de sa peine, qui prévoit apparemment qu’elle soit lapidée d’ici à fin juillet. Son crime ? Le même que Malek. Après que sa demande de divorce eût été rejetée par un tribunal au motif qu’elle avait des enfants, elle aurait eu une liaison extraconjugale et son «amant» aurait tué son mari. Elle a donc été déclarée coupable de complicité dans le meurtre de son époux, forcément, ce qui lui a valu une peine de quinze années d’emprisonnement, peu de choses en somme, et adultère par une femme mariée… pour lequel elle a été condamnée à la lapidation !
Lorsqu’un homme est condamné à mort pour meurtre, la famille de la victime peut pardonner au meurtrier. Pour ce qui est des condamnations à la peine capitale pour adultère, le Code pénal prévoit que si le coupable avoue les faits et se repent, le juge peut demander une grâce au Guide spirituel de la République islamique d’Iran. L’affaire doit ensuite être soumise à la Commission des libérations conditionnelles. Ashraf a écrit au responsable du pouvoir judiciaire, l’Ayatollah Shahroudi, afin de solliciter son pardon… On a vu que dans le cas d’Atefeh, le juge se montra plus impitoyable que les textes eux-mêmes. Reste que l’Ayatollah Shahroudi semble tout différent, nous le verrons plus loin, de celui qui condamna Atefeh et exigea de lui passer lui-même la corde au cou.
Ania, Sonia, Amina, Lena, Soraya, des inconnues en danger
Ania et Sonia, deux femmes dont nous ne savons en fait pas le nom, de la ville de Ahavaz, Amina et Lena, deux femmes de Chiraz (idem) et Soraya, une femme de Evin à Téhéran (idem) attentent leur exécution par lapidation publique. (Sources, le journal iranien «confiance» le quatre juillet 2006.) Il faut les supposer vivantes.




Delara Darabi


Delara Darabi,
une délinquante banale (et c’est bien la seule)
Bonnie and Clyde…


Delara a dix-huit ans. Au cours d’un cambriolage effectué avec un ami, elle aurait tué le propriétaire des lieux. En réalité, le meurtre est probablement le fait de son complice mais comme au moment des faits elle n’avait que 17 ans, elle consentit, sur la demande de celui-ci, plus âgé, à endosser le crime. Lorsqu’elle comprit qu’elle n’échapperait pas à la lapidation malgré sa minorité, elle se rétracta … et fut alors condamnée à la pendaison pour faux aveux ! La condamnation a été cassée mais le deuxième procès en août a confirmé la sentence. Elle risque donc d’être exécutée à tout instant.
Bonnie and Clyde ? En un sens. Mais là, Bonnie se montre plus courageuse que Clyde, qui la laisse s’accuser à sa place.


Leyla Mafi, innocente et martyre

C’est peut-être le cas le plus effroyable, et cependant... Leyla a dix-huit ans et mentalement c’est une enfant de huit ans. Débile légère donc, elle a été livrée à la prostitution par sa mère dès l’âge de huit ans et semble-t-il, a subi durant ce même temps de nombreux viols de la part des propres membres de sa famille. A neuf ans, elle accoucha d’un enfant… et subit cent coups de fouets pour «manquement à la chasteté»… A douze ans, elle fut vendue par sa mère à un afghan qui en fit son «épouse provisoire»… et qui devint également son proxénète, la prostituant sans lui verser quelque rémunération que ce soit. A quatorze ans, elle fut à nouveau enceinte, accoucha de jumeaux… et subit encore cent coups de fouet pour «manquement à la chasteté». Elle survécut à la torture ; le «mari» provisoire, comme prévu, la restitua à sa famille… qui la céda cette fois à un notable, marié et honnête père de famille. Celui-ci — souteneur professionnel ou commerçant opportuniste désirant fidéliser sa clientèle d’une manière originale et hautement appréciée, l’histoire ne le dit pas —... profita de l’aubaine et l’offrit alors régulièrement à des chalands dans sa propre maison.

La Cour de la ville d’Arak la condamna ensuite à la flagellation et à mort, toujours pour «actes contraires à la chasteté» récidivés, pour avoir donné naissance à des enfants hors mariage et s’être livrée à «des relations sexuelles avec des parents de sang.» Sa mère, les membres de sa famille qui l’ont violée, ses «maris» provisoires, c'est-à-dire ses proxénètes, eux, n’ont pas été inquiétés.

Elle a reconnu les faits. Etant donné son âge mental, elle n’a évidemment pu se défendre. Elle risque donc d'être exécutée très prochainement. Bien que le personnel social et médical ait signalé qu’elle avait les capacités mentales d’une enfant de huit ans, le tribunal a fondé son jugement sur ses aveux sans tenir compte de sa déficience. Les médecins de la cour seraient prêts aujourd'hui à l’examiner mais la menace d'exécution pèse lourdement. Leyla Mafi sera flagellée avant sa pendaison. Dernière nouvelle d’Amnesty : la sentence est confirmée et Leyla a subi 99 coups de fouet. L’urgence est absolue. Poursuivez les appels.

Kobra Rahmanpour

URGENCE ABSOLUE, ENCORE. Une alerte du conseil national de la résistance iranienne en date du vingt-deux septembre : Kobra Rahmanpour, vingt-deux ans, condamnée à la peine de mort pour meurtre, risque d’être exécutée très prochainement. L’exécution pourrait avoir lieu peu après le douze octobre. Je n’ose pas regarder ma montre. Nous sommes déjà le vingt… deux peut-être. Ou plus encore. O temps, suspend ton vol… N’y pensons pas…
L’histoire de Kobra est simple et pathétique. C’est un drame de la misère. En 2000, la jeune fille, dont la famille vit dans une extrême pauvreté, Kobra, qui a dix-huit ans à peine, est «volontairement confiée», pour trois mois… à un homme de soixante : une période d’essai, en quelque sorte. Un CPE mode iranienne. Si ça plaît, on garde. Si ça ne plaît pas, on renvoie. L’homme aurait été prêt à l’épouser… si elle donnait satisfaction. (!) Une excellente affaire en somme : il bénéficiait des faveurs d’une jolie fille et ne s’engageait à rien. Faveurs ? Plus que cela, comme on va voir, car le gaillard, pas romanesque pour deux sous, avait trouvé le moyen de joindre l’utile à l’agréable.
Dans un foyer où elle n’était qu’une servante humiliée, Kobra fut alors assujettie à des brutalités quotidiennes, psychologiques et physiques : son « mari » fut même condamné pour brutalité physique et sexuelles, le cas est unique, c’est dire. Durant la journée, elle devait servir l’homme et sa mère, et, la nuit, le satisfaire sexuellement. Elle n’y parvint pas. Faut-il s’en étonner ? N’a-t-on pas la nausée d’imaginer cette adolescente au lit avec un «vieux» pervers — car à dix-huit ans, tout homme de soixante est forcément un vieux. — Quelle que soit l’allure du lascar, que j’ignore. Répugnant ? Rien ne le dit. Triste sire ? Tout porte à le croire.
Donc au bout de la période d’essai, après consommation, peu satisfait de ses prestations nocturnes, il la renvoya en lui donnant l’équivalent de… vingt Euros. Le salaire de deux heures de ménage. Et c’est là où l’histoire devient incompréhensible : Kobra refusa la «répudiation». Elle implora la pitié, plaida sa cause auprès de la mère ; en vain. Et pourtant, elle n’exigeait pas grand chose, ni le mariage prévu, ni une indemnité conséquente, non. (Après tout, elle avait perdu sa virginité, ce qui la rendait difficile à caser ensuite !) Peu lui importait, ses prétentions étaient bien plus modestes : demeurer comme servante seulement. Et étudier. On peut ici se demander pourquoi une jeune fille aussi mal traitée prie qu’on la garde tout de même. En fait, c’est simple : la misère est pire. Cela donne la mesure de leur dénuement. Et d’autre part, une femme «essayée» et refusée — essayée, le mot est joli, je le retiens — n’a plus de valeur. C’est une seconde main, du matériel d’exposition, en somme.
Mais les larmes et les arguments de l’adolescente n’eurent eu aucun effet sur la belle-mère. Au contraire, même : devenue soudain violente, elle menaça Kobra d’un couteau et le résultat, logique, de la mêlée, fut la mort, accidentelle sans doute, de la plus âgée : tant va la cruche à l’eau dit-on… Kobra a été condamnée à mort…. et, un matin de février 2002, conduite au pied de la potence. Mais la famille de la victime avait oublié… de se munir de la corde ! Acte manqué ? Ou au contraire, sadisme, désir délibéré de la voir boire sa mort à petites gorgées ? De savourer sa terreur ? Nul ne sait. Reste qu’en l’absence de l’outil indispensable, la sentence ne put être exécutée. (Les magasins étaient fermés ?)
L’Ayatollah Shahroudi, qui en cette affaire tente d’intervenir avec une persévérance qu’il faut souligner, a ordonné le report de l’exécution afin de tenter encore de convaincre la famille de la victime de pardonner. Car toutes les procédures sont parvenues à leur terme et la peine prononcée contre Kobra ne peut à présent être commuée que si les parents de la victime acceptent de lui accorder le pardon et le paiement de la diya.
Le douze octobre est la date limite. Mais, à la dernière réunion du conseil de conciliation, la famille de la victime, en particulier l’homme «testeur» — et sa sœur — ont maintenu leur position, inébranlables : Kobra doit mourir. A-t-il songé, lui, le «goûteur» insatisfait d’une jeune fille de dix-huit ans qu’il est pour une grande part responsable de la mort de sa mère ? Que traiter une adolescente comme du matériel ménager multi usage sous garantie et la renvoyer lorsqu’on n’en veut plus, l’humilier dans tout son être, profiter de sa pauvreté et de sa jeunesse… ne peut que conduire à une situation délétère, à des haines violentes et finalement à des drames de ce type, nombreux en Iran ? Si conciliante soit-elle ? Redite : tant va la cruche à l’eau… que non seulement elle se casse, MAIS aussi, qu’elle casse. Parfois. A-t-il compris qu’une victime en entraîne toujours une autre, et pas nécessairement la bonne ? Que la souffrance, indiscutable, qu’il subit, c’est lui aussi, lui surtout qui l’a causée ? Sans doute : c’est pour cela qu’il veut la mort de Kobra.
Il reste très peu de temps pour la sauver. Soulignons qu’elle est détenue dans la prison d’Evin, celle où est morte Zhara, depuis de six ans dont quatre passés dans le couloir de la mort. Elle a écrit une lettre ouverte publiée sur Internet. A tous. Bouleversante. Ecoutons la. Et gardons en mémoire en la lisant qu’elle n’a que vingt-quatre ans et ne peut pas tout à fait s’exprimer librement. Il faut compléter entre ses lignes.


Je ne veux pas mourir
Kobra Rahmanpour
«Je ne veux pas mourir. Aujourd’hui pourtant, je ne suis qu’un corps sans vie qui vit dans la crainte de la corde de l’exécution… Je suis si près de la mort, et depuis si longtemps ! (Et elle est passée si près, aussi !) Comme vous tous, j’ai peur de mourir. Je vous en prie, aidez-moi ! Faites que cette lettre ne soit pas la dernière. J’ai si souvent rêvé d’une autre vie, rêvé que j’avais pu terminer mon année pré universitaire, que je n’étais pas forcée de travailler et de servir la famille de mon mari, et que je ne perdais pas la raison de peine. J’ai tant souffert. Je suis une victime. Et c’est cette victime qu’ils vont pendre. Je ne mérite pas la corde.
Face à la peur et à l’horreur, je me tourne vers vous. Je remercie les médias, les journaux et tous ceux qui m’ont soutenue en disant : Kobra ne doit pas mourir. Aujourd’hui, et pour la dernière fois peut-être, je vous supplie de m’aider à échapper à l’exécution, à cette mort horrible. Tous les jours, je rêve de liberté… De vie. J’ai assez souffert. Aidez-moi afin que ce terrible cauchemar qui m’a si souvent poursuivie dans mon sommeil et réveillée dans les cris ne se réalise pas. Aidez-moi à échapper à la mort. Faites tout ce que vous pouvez, il me reste peu de temps. Chaque seconde qui passe me rappelle que la mort est proche. Aidez-moi, je vous en prie ! J’ai peur. Peur de la mort et de l’exécution. J’ai peur de la corde. Je veux vivre. Toutes les portes se sont fermées sur moi. Je n’ai personne… Mon seul espoir, ce sont les autres êtres humains, VOUS… tous ceux qui se battent pour me sauver, merci de tous vos efforts.»






Nazanin, une battante

Nazanin
Nazanin Mahabad Fatehi est un autre cas, une autre personnalité, tout aussi attachante, une héroïne de film ; comme Atefeh, c’est une battante. Comme Leyla, elle a dix-huit ans. Aînée d’une famille très pauvre de six enfants, elle a quitté l’école en primaire pour s’occuper de ses jeunes frères et sœurs pendant que sa mère travaillait durement. C’est du reste une femme vieillie avant l’âge, cassée, s’exprimant pour l’essentiel en kurde — comme beaucoup de kurdes, elle ne parle pas couramment le farsi, mais le sorani — qui nous relate l’histoire de sa fille. Comme nombre de migrants internes, la famille a échoué dans les bidonvilles de Karadj, la banlieue de Téhéran. Le père était ouvrier ; usé par son travail dans un complexe chimique, il est aujourd’hui grabataire. A quatre reprises il a dû être opéré et il s’est endetté à chaque fois pour payer les interventions. La mère lave des tapis avec des produits toxiques. Malgré son état de santé gravement dégradé, elle n’a pas d’autre choix que de continuer. Ce travail la détruit mais seul il permet —à peine— à ses enfants de subsister.
Un jour qu’elle était partie faire des courses avec une cousine et une amie, Nazanin et ses compagnes furent agressées par quatre hommes dans un parc. Elles ont couru, crié, appelé : sans résultat. Les quatre agresseurs ont alors tenté de les faire monter de force dans leur voiture. Au moment où sa cousine, malgré sa résistance, avait été hissée à bord, et pour la défendre, Nazanin s’est saisie d’un couteau et a frappé.... Un des agresseurs a été blessé : ses comparses, courageux mais pas téméraires, ont immédiatement détalé, laissant leur compère se vider de son sang. Nazanin, elle, en état de choc, ne s’est pas enfuie. Voici donc les faits, pour ce que l’on en connaît.
Et voici le résultat : elle est en prison où elle attend d’être pendue. Ses agresseurs, eux, n’ont jamais été inquiétés. Elle n’a pas pu payer un avocat et sa famille est même dans l’incapacité de lui faire parvenir de quoi subsister en prison. Il n’y a que le comité de lutte contre la peine de mort en Suède qui s’est penché sur son cas, avec courage et efficacité : maintenant, son nom est enfin connu dans le monde.
Une question : que serait-il advenu d’elle et de ses compagnes si elles n’avaient pas résisté ? Seraient-elles encore vivantes ? Auraient-elles été livrées à des bordels des pays arabes du Golfe Persique ? Il est connu en Iran que ces établissements sont couramment approvisionnés par de jeunes iraniennes razziées puis vendue par des bandes maffieuses qui s’en sont fait une spécialité. Même au cas où leurs agresseurs ne voulaient que les violer, si l’on peut dire (et non les vendre, ou les deux, ce qui est le plus probable) la loi iranienne aurait de toutes manières pu condamner les trois adolescentes à la lapidation pour relations sexuelles illicites.
En Iran, les agressions contre les femmes sont si fréquentes que les jeunes filles doivent s’armer pour sortir. Lorsque l’on sait que l’agresseur pourra toujours se défendre en alléguant que sa victime l’a provoqué, que sa parole primera toujours sur celle de la femme, et que c’est elle qui risquera la mort par lapidation pour «actes contraires à la chasteté» tandis que lui ne sera condamné qu’à des coups de fouets — dont il pourra souvent s’acquitter en payant une amende — on comprend que les enlèvements suivis de viols… et de la vente des victimes à des bordels étrangers représentent un commerce courant, lucratif et sans danger. Que les jeunes filles se protègent constitue un réflexe normal de survie en de telles circonstances ; c’est ce qu’a fait Nazanin. Cette Cosette iranienne risque de finir comme Atefeh, comme Leyla l’innocente : au bout d’une corde. Son procès, grâce à la campagne de mobilisation en sa faveur, va être révisé, mais rien n’est encore gagné : celui de Leyla l’a été et la sentence de fouet et de mort a été confirmée. Nazanin, comme nous l’avons vu, doit cette publicité un improbable hasard : elle porte le même prénom qu’une célébrité, miss Monde 2003. Emue par sa malheureuse homonyme, profitant de sa notoriété, elle a remué ciel et terre pour la sauver. C’est elle qui a été à l’origine de la pétition «sauvez Nazanin» et indirectement de ce texte. Vivent les concours de beauté en somme, quelque contestables qu’ils soient, du moins si les élues sont de la trempe de Nazanin.
Une note d’espoir, qui montre ceci : si on peut sauver Nazanin, ON PEUT AUSSI SAUVER LES AUTRES, de la même manière.
Pour Atefeh Rababi +, Hajiyed +, Lina +, Maryan Ayoubi +, Shanaz +, Mahboubeh + et Abbas +… et tant d’autres, il est trop tard. Nous avons tardivement réagi ou mal, ou pas. Mais il n’est pas trop tard pour elles :


Sauvons ces femmes :
Jila, (13 ans !) ; Ferdows ; Sima A. ; Shirin ; Altun ; Farah ; Malak Ghorbani ; Mariamne ; Robabeh ; Parisa ; Iran ; Khayrieh ; Kobra Najjar ; Kobra Rahmanpour ; Soghra Molai ; Fatemeh Pajouh. ; Fatemeh J. ; Ashraf Kolhari ; Shahala ; Sima B. ; Ania ; Sonia ; Amina ; Lena ; Soraya ; Delara Darabi ; Leyla Mafi ; Nazanin Fatehi…



Extrait du livre "Femmes d'Iran", galerie Archype, Anduze. Commande helene.larrive@gmail.com

1 Comments:

Blogger BEPC69 said...

Il faut que l'IRAN comprenne que pas un seul homme (ou femme !) n'a le DROIT d'ôter la vie à un de ses congénères !!!!
Aucne religion ne l'y oblige d'ailleurs !!!!

9:26 AM

 

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